Sumo, sport de lutte japonais

avril 20, 2021 9 min de lecture

sumo japon

Elu sport national, le sumo est une véritable institution au Japon. Cet art martial ancestral, très populaire est aussi le plus sacré au Pays du Soleil Levant.

Le sumo est la lutte traditionnelle japonaise dans laquelle deux adversaires de forte corpulence s’affrontent au corps à corps. L’objectif de ce sport étant de pousser son opposant hors du ring ou de le faire tomber au sol.

Cette discipline à la fois curieuse et impressionnante pour les étrangers, dénote particulièrement la singularité de la culture japonaise.

Découvrez ce sport de lutte nippon très ritualisé où les combattants sont comparés à des dieux !

🔎 Histoire et origines du sumo au Japon

Le sumo est profondément ancré dans l’histoire du Pays du Soleil Levant. En effet, les récits japonais les plus anciens du Kojiki (paru en 712) évoquaient déjà cette pratique. C’est d’ailleurs lors d’un combat de lutte que le dieu Takemikazuchi vaincu Takeminakata et remporta les îles japonaises.

estampes japonaises représentant des combats de sumoA gauche, deux estampes de Utagawa Kunisada représentant des combats de sumo (1840-1850). A droite, représentation du lutteur Masanosuke Inagawa par Kuniyoshi Utagawa (1845).

Un peu plus tard, le Nihon Shoki, un autre recueil historique sur les origines du Japon relate la victoire de Nomi No Sukune, un combattant légendaire. Il s’agissait alors d’un affrontement entre deux mortels : Nomi No Sukune et Taima No Kuehaya, le guerrier le plus fort de l’empereur Suinin. Le premier vaincu son adversaire grâce à des techniques de lutte japonaise et devient par la suite le dieu du Sumo.

Ainsi, cet art martial nippon puise ses racines dans la mythologie japonaise et le shintoïsme. Par ailleurs, des rituels de combats étaient organisés en l’honneur des divinités pour les apaiser et favoriser les récoltes.

Le sumo à travers le temps

A l’époque Nara, le sumo servait de divertissement à la cour impériale. Peu à peu, la discipline se codifiait. Les règles et rituels furent progressivement instaurés pour se rapprocher du sport de lutte que l’on connaît d’aujourd’hui.

Pendant la période Kamakura, le sumo prit une autre vocation que le divertissement ou les rituels religieux. Il devient un art martial utilisé par les samouraïs pour combattre au corps à corps.

Au 17e siècle, lorsque le Japon connut une époque plus pacifique, le sumo s’affranchit de sa fonction militaire pour devenir l’attraction favorite des aristocrates avant d’être officialisé sport national du Japon un siècle plus tard.

lutteurs de sumo dans les années 1870Lutteurs de sumo dans les années 1870. ©The New York Public Library

Ce n’est que vers la fin du 19e siècle que les combats de sumo apparurent dans la presse. Des récompenses étaient enfin offertes aux vainqueurs. En parallèle, l’art commença à se professionnaliser.

Toutefois, c’est l’influence nationaliste de l’ère Showa qui rendit la lutte japonaise si populaire. Période durant laquelle l’association japonaise de sumo vit le jour en 1925. Sa mission ? Instaurer de nouvelles règles et organiser les championnats. Les combats de sumo sont alors diffusés à la radio avant de paraître à la télévision en 1953.

De nos jours, les lutteurs japonais sont de moins en moins nombreux et sont remplacés par des combattants étrangers. Il faut dire que ce sport nécessite des conditions de vie extrêmes et beaucoup de sacrifices.

🤼‍♂ Le rikishi ou lutteur de sumo

Le lutteur professionnel est appelé rikishi (qui signifie "homme fort") et non sumotori (terme réservé aux débutants). En plus d’être habillé d’une tenue très caractéristique, le combattant suit un entraînement rigoureux ainsi qu’une hygiène de vie très particulière.

Les rikishi intègrent dès l’adolescence une écurie (heya), un genre de club de sumo où ils vivent en communauté et s’exercent tous les jours sous les ordres du oyakata (ancien lutteur émérite, chef de l’écurie).

Les nouveaux sumotoris adoptent un nom de combat en arrivant dans l’établissement. Ils logent dans des dortoirs alors que les lutteurs de rangs élevés ont le droit à une chambre individuelle. Tous ne deviennent pas de grands champions et seuls les plus puissants d’entre eux percevront un salaire. Pour eux commence un mode de vie très strict.

tenue traditionnelle des rikishiTenue traditionnelle des rikishi : une ceinture (mawashi) et un chignon (chonmage).

La tenue des rikishi

S’il y a bien quelque chose d’étonnant pour notre culture européenne, c’est le look des rikishi lors des combats. En plus de leur corpulence frappante, les lutteurs ne portent rien sur eux excepté un genre de string qui entoure leur taille et vient cacher l’entrejambe 😲.

Cette ceinture nommée mawashi est leur tenue officielle. Elle est portée à tous les combats et quelle que soit la période de l’année. Les plus imposantes pèsent près de 4kg pour une longueur de 8 mètres. On se demande bien combien de tours on pourrait faire sur soi-même avec ce bout de tissu 😉.

Tout comme les samouraïs, les lutteurs adoptent le chignon traditionnel pour maintenir en arrière leurs cheveux longs. A noter qu’ils ne pourront se couper les cheveux qu’à la retraite. Quant aux lutteurs de division supérieure, ils se distinguent grâce à une coiffure typique nommée oicho.

entrainement lutteur de sumo à l'écurieDes lutteurs de sumo s'entraînent dans leur écurie à Tokyo. ©AFP-Behrouz Mehri

🥋 L'entraînement des lutteurs de sumo

Les lutteurs se réveillent de bonne heure (environ 5h) pour commencer l’exercice très tôt. Ils s’échauffent puis s’entraînent à jeun de manière intensive pour avoir très faim au déjeuner. La séance se finit par un combat. Les rikishi les plus hauts classés s’affrontent en dernier, ce sont également eux qui vont manger en premier, accompagnés du chef de l’écurie.

🥘 Le mode de vie des sumos

Après avoir bien transpiré lors de l’entraînement, les lutteurs de sumo prennent un bain. Au repas de midi, ils doivent ingérer un nombre impressionnant de calories. Pour cela, ils mangent un ragoût très riche en protéine (chankonabe) accompagné d’une grande quantité de riz et boivent de la bière.

Après le déjeuner, il se font coiffer et finissent les corvées de ménage puis vient l’heure de la sieste, indispensable pour stocker les protéines et les graisses. Le soir, les sumos mangent à nouveau le chankonabe pour atteindre environ 8000 kcal/jour soit presque 3 fois plus qu’un footballeur de haut niveau 😮.

vie quotidienne des sumotorisLutteurs de sumo entrain de prendre leur repas au sein de l'écurie. ©Reuters

🙋‍♂️ Le sumotori en 5 questions

Loin de l’archétype physique de sportif que l’on connaît, les lutteurs de sumo sont particulièrement respectés au Japon et même vénérés. Leur énorme corpulence, leur force, leur mental à toute épreuve et leur sens de la discipline exemplaire fascinent.

En Europe, ces combattants hors pair et leurs rituels étranges nous interpellent. Tentons de démystifier un peu le mythe de ce demi-dieu japonais.

1. Pourquoi les sumos sont-ils gros ?

La question du poids est une obsession chez le sumo, car plus il sera gros plus il obtiendra un centre de gravité bas et aura de la force pour pousser ou projeter son rival. De même, cela va l’aider lors du tachai-ai (premier choc entre les combattants), dont dépend souvent la victoire. En bref, le poids va donner plus de puissance au sumo. Toutefois, un lutteur trop gros sera moins rapide, tout est donc une question d’équilibre.

2. Quel est le poids moyen d'un sumo ?

Le poids moyen d’un rikishi est de 150 kg environ pour plus d’1m80. Le plus gros lutteur de l’histoire du sumo pesait 285 kilos.

3. Comment font les sumos pour grossir ?

Les lutteurs de sumo engloutissent environ 8000 calories par jour avant de se reposer, ce qui permet une meilleure assimilation et une prise de poids importante, tandis que leur exercice physique intensif développe la prise de masse musculaire.

Lutteur de sumo assis par terre pour manger son repasLutteur de sumo assis par terre, mangeant un bol de chankonabe. ©Reuters

4. Les sumos sont-ils en bonne santé ?

Bien qu’ils soient largement en surpoids selon les critères de l’IMC, les sumos encore actifs ne souffrent pas spécialement des maladies liées à l’obésité puisque leur graisse se situe essentiellement sous leur peau et non au niveau des viscères. La raison qui explique ce phénomène : des entraînements musclés 💪.

5. Quelle est la durée de vie d'un sumo ?

Il faut savoir qu’un sumo arrive à la retraite vers 30 ans. C’est à ce moment-là qu’il risque fortement de développer de la graisse viscérale surtout s’il n’adapte pas son régime alimentaire et son activité physique. A cause du surpoids, les sumos sont plus exposés aux maladies cardio-vasculaires et métaboliques. Leur espérance de vie est donc réduite à 60-65 ans. Toutefois, cela reste très variable d’un individu à un autre.

💁‍♀️ Le sumo au féminin

Pendant longtemps, ce sport de contact était exclusivement réservé aux hommes et les femmes considérées comme impures à cause d’une vieille croyance shinto, n’avait même pas le droit d’assister aux tournois. De quoi hérisser le poil des féministes 😔.

combat de femme sumoCombat amateur de sumo féminin au Japon. ©AFP-Yoshikazu Tsuno

Pourtant, les plus vieilles traces de sumo féminin remontent au 18e siècle où des combats étaient organisés dans les maisons closes afin d’amuser les hommes.

Heureusement, depuis la fin du 20e siècle, la discipline s’ouvre enfin aux femmes, sous le nom de shin-sumo. Ces dernières peuvent pratiquer au milieu des hommes. Toutefois, elles ne peuvent pas encore accéder au rang de professionnelles. Il faudra encore du temps pour faire évoluer les mentalités dans cet art japonais très conservateur.

Enfin, le sumo féminin est en bonne voie puisqu’un premier tournoi international féminin a eu lieu à Osaka en 2013… une avancée majeure dans l’univers du sumo. De même, la Fédération internationale souhaite inscrire l’art martial aux JO, ce qui ferait évoluer le sport en discipline mixte.

👉 Combat de sumo : règles et rituels

Le sumo est un sport de combat qui obéit à de nombreuses règles et rituels. Tout d’abord, chaque rikishi adopte un shikona ou nom de lutteur. Contrairement à de nombreux arts martiaux, il n’existe pas de catégories de poids. Un gros mastodonte peut donc combattre avec un moins de 100kg. Tous les lutteurs portent le mawashi (en soie pour la première division et la seconde) et leurs cheveux sont coiffés en chignon traditionnel (chonmage).

Rikishi ou lutteurs de sumo avant le combatRikishi ou lutteurs de sumo avant le combat. ©J. Henning Buchholz

Avant chaque combat, les sumos sont nommés par le yobidashi ou annonceur qui leur demande de monter sur le dohyo (un genre d’arène). Les combattants se saluent puis effectuent une préparation mentale de quelques minutes. A ce moment-là, ils pratiquent des rituels de purification, issus des cérémonies shintoïstes.

Ils commencent par faire un shiko (rituel qui consiste à lever la jambe très haut pour la frapper fort sur le sol) avant de boire et recracher une coupe d’eau (chirkara mizu). Ensuite ils lancent une poignée de sel sur le sol pour le purifier. Ensuite, les deux lutteurs avancent au centre du dohyo face à face, se mettent accroupis, frappent leurs mains et tendent leur bras (chiri chôzu).

rituels avant un combat de lutte japonaiseLutteur entrain d'effectuer un shiko pour impressionner son adversaire. ©Alessio Roversi

Après plusieurs série de rituels, le combat peut enfin commencer. Il débute dès le signal du gyoji (arbitre) qui tourne son éventail. C’est le moment où les sumos touchent le sol avec leurs poings avant de s’élancer violemment l’un contre l’autre. Le tachai-ai (choc entre les deux lutteurs) signe le départ de l’assaut.

Pour gagner le combat, il faut sortir son adversaire du cercle ou lui faire toucher le sol avec une autre partie du corps que ses pieds. De même, si le lutteur perd son mawashi, c’est la défaite… une raison de plus pour bien l’accrocher 😅. A la fin du tournoi, le concurrent qui a remporté le plus de victoires reçoit un prix.

 

📍 Les techniques utilisées dans le sumo

Les lutteurs se servent de leur poids pour pousser leur rival sur le ring. Ils utilisent des techniques de corps à corps visant à déstabiliser leur adversaire. A noter qu’il existe 82 prises de sumo reconnues actuellement. Pendant le combat, il est interdit de tirer les cheveux, viser les parties génitales, les yeux ou le plexus solaire, frapper avec le poing fermé ou encore étrangler son concurrent. Le combat s’achève lorsque l’un des rikishi sort du cercle ou touche le sol avec une partie du corps autre que sa plante de pied.

😎 Assister à un tournoi de sumo

Maintenant que le sumo n’a plus de secrets pour vous, il ne reste plus qu’à assister à un tournoi pour pouvoir admirer ce spectacle unique au Pays du Soleil Levant.

assister à un tournoi de sumo

Si vous prévoyez un voyage au Japon, sachez qu’il existe six tournois de sumo officiels par an qui durent quinze jours. En janvier, mars, mai et septembre à Tokyo, en mars à Osaka, en juillet à Nagoya et en novembre à Fukuoka.

Il faut prévoir une quinzaine d’euros pour assister à un tournoi de sumo et jusqu’à 70 euros en cas de réservation. Certains emplacements comme les box pour 4 personnes sont bien plus chers. Vous pouvez prendre votre billet à l’avance dans un konbini, directement sur place ou bien réserver sur internet. Sachez que les places partent vite ! Pour être sûr de pouvoir assister à un combat, nous vous conseillons de prendre vos places un mois à l’avance sur un site de réservation en ligne comme Tiket Oosumo.

Emblématique du Japon et de sa culture traditionnelle, le sumo demeure un art martial fascinant qui en impose. Et vous, comment voyez-vous ce sport ?


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