Kôdô, l'art d'apprécier les parfums

novembre 16, 2021 5 min de lecture

kodo

L’art japonais, à la fois subtil et spirituel, est vraiment fascinant. Au Pays du Soleil Levant, le Kodo (voie de l’encens) demeure au sommet du raffinement au côté de l’Ikebana (voie des fleurs) et du Chado (cérémonie du thé).

Le Kodo est un art traditionnel japonais qui consiste à apprécier les bois aromatiques selon un rituel ancestral très codifié. D’abord utilisé dans un contexte religieux, l’encens a su conquérir le nez des aristocrates.

Les règles du Kodo, extrêmement difficiles, nécessitent de nombreuses années d’expérience, pour être parfaitement maîtrisées. Ainsi l’art de l’encens, mêlant culture lettrée et expérience olfactive demeure rare et précieux.

👴 Un art traditionnel ancestral

« Ko » 香 signifie « parfum » ou « encens » et « do » 道 « la voie ». Ainsi « Kodo » 香道 peut se traduire par « La voie des senteurs ». Au Japon, l’encens est utilisé depuis plus d’un millier d’années. Le bois odorant suscite d’abord l’intérêt des nobles et des samouraïs avant de s’étendre aux classes moyennes.

📖 L'histoire de l'encens au Japon

L’encens est apparu il y a plus de 6000 ans au Moyen-Orient avec les premières grandes civilisations d’Égypte et de Mésopotamie, toutefois il ne débarque sur l’archipel qu’au 6e siècle. Les bois parfumés n’existaient pas au Japon et provenaient essentiellement d’Inde. Importé de Chine, en même temps que le bouddhisme, l’encens va alors servir pour les cérémonies religieuses avant d’être apprécié pour son odeur enivrante et ses vertus.

🌳 La légende de l’encens japonais

bois d’Agar

Le Nihon Shoki (écrit ancien de l’histoire du Japon) relate l’utilisation du bois odorant brûlé en 595, à l’époque de l’impératrice Suiko. Une légende raconte qu’une souche de bois d’Agar aurait été retrouvée sur les plages d’Awaji, une île située près de la baie d’Osaka. Une fois le bois consumé par le feu, le parfum était alors si délectable que les insulaires décidèrent d’en offrir à la maison impériale. Un petit sanctuaire shinto fut ensuite édifié en l’honneur du bois odorant.

🧘‍♂ Le rôle du bouddhisme

La fin du 6e siècle et le début du 7e siècle sont marqués par l’essor du bouddhisme au Japon sous l’impulsion du Prince Shotoku. Tout comme la cérémonie du thé et l’Ikebana, la religion a joué un rôle majeur dans l’art traditionnel du Kodo. L’encens servait alors d’offrande aux divinités et avait également un rôle purificateur dans les rituels bouddhiques. Les bois précieux étaient importés de Chine pour fabriquer les encens, ce qui donna naissance à un artisanat local dans l’archipel.

👃 Les bois parfumés à la Cour

A l’époque Heian (794 à 1185), l’encens était très populaire à la Cour et l’on organisait des concours d’odorat pour deviner les essences. Les résines aromatiques servaient à divertir, mais aussi à parfumer les robes.

↗ L’essor de l’encens à la Période Muromachi :

Plus tard, à la période Muromachi (1336 à 1573), l’encens n’est plus l’apanage de la Cour et s’étend aux classes supérieures et moyennes de la société nippone. La combustion de bois aromatiques représente une marque de distinction et son usage devient régulier. Par ailleurs, les samouraïs avaient l’habitude d’imprégner leurs casques et armures avec de l’encens en rituel de purification, ainsi ils se sentaient plus forts au combat.

A cette même période, les précieux bois odorants sont classifiés à la demande du shogun Ashikaga Yoshimasa. Les règles du jeu s’établissent pour donner naissance à l’art du Kodo. Les ustensiles qui servaient à la cérémonie (Kodogu) se sont alors parés de dorures et élevés au comble du raffinement. On distingue deux écoles qui perpétuent l’enseignement du Kodo depuis des siècles : Oie-ryu fondée par Sanetaka Sanjonishi, un aristocrate japonais de la période Muromachi et l’école Shino-ryu crée par maître Shino Shoshin. La première est plus axée sur l’art et la poésie alors que la seconde est beaucoup plus formelle.

🏝 Awaji, l’île aux parfums

production d'encens

La production d'encens sur l'île d'Awaji. Crédits : awaji-encens.jp

L’île d’Awaji développe la fabrication artisanale de bâtons d’encens depuis 1850 et représente aujourd’hui 70% de la production japonaise. Les bois parfumés fabriqués dans l’île sont particulièrement réputés pour leur qualité et l’on peut y trouver un nombreux choix de fragrances. L’encens japonais est confectionné avec des poudres de bois (Santal, Aloès…), de plantes, d’épices et d’aromates. Les kho-shi (maîtres des parfums) perpétuent, un savoir-faire ancestral allant de la composition de la pâte, à la finition des bâtonnets en passant par le séchage des résines. A noter que les vents forts de l’île d’Awaji permettent un séchage idéal de l’encens.

🌸 L’encens japonais aujourd’hui

Pendant l’époque Edo et l’ère Meiji, l’encens a perdu de sa popularité. Toutefois, il y a une centaine d’années, le grand maître Kito Yujiro a su relancer son succès. Après une période d’isolement, le Japon s’ouvre au monde. Inspiré de la culture occidentale du parfum, le maître-parfumeur va réussir un coup de génie en créant le mainichi koh (encens quotidien). Aujourd’hui, l’encens japonais aux notes florales, épicées, ou boisées est très réputé à travers le monde.

encens japon

🙇‍♂️ La voie de l'encens ou l'art d'écouter les senteurs 

Dans l’art du Kodo, on écoute les parfums. Vous avez bien lu… les Japonais ne sentent pas, mais « écoutent » car la pratique du Kodo nécessite d’utiliser tous ses sens pour capter la finesse des fragrances.

Le déroulement de la cérémonie du parfum

Très solennelle, la pratique artistique du Kodo demande beaucoup de concentration. Le rituel se déroule sur un tatami et dans un silence d’or. Le maître de l’encens se déplace lentement et s’assoit. Il va ensuite sortir délicatement tout le matériel nécessaire à la cérémonie. Tous ses gestes sont réalisés dans un ordre précis et avec une extrême rigueur. Les ustensiles en laque, charbons de bois, baguettes, presses à cendre, etc. sont manipulés avec beaucoup de respect et de délicatesse. Le maître va ensuite déposer un tout petit bout de bois d’encens sur un mini-support en mica. L’encensoir contient de la cendre décorée de tracés et du charbon en combustible (ou une braise de bambou). Ainsi, l’encens est chauffé et ne brûle pas directement pour ne pas modifier les arômes.

kodo cérémonie

L'écoute de l'encens est pratiquée au Japon depuis des siècles... Crédits : Sam Peet / Culture Trip

Dans un état proche de la méditation, les participants, assis en carré, se passent de mains en mains le brûleur d’encens. Ils vont chacun leur tour respirer la fumée des bois présentés par le maître du Kodo. En effectuant un geste précis, ils « écoutent » les parfums qui émanent des bois brûlés et tentent de mémoriser leurs notes. Une fois que tous les encens-témoins ont été présentés, le maître fait passer d’autres bois que les participants doivent identifier.

🤔 Le jeu des essences : saurez-vous les reconnaître ?

Le jeu de cinq encens est nommé Genjiko alors que celui à trois bois est appelé Sanshuko. Il existe 6 sortes de bois ou rikkoku correspondant à 6 pays différents (Kyara, Rakoku, Manaka, Minaban, Sasora et Sumotara).  De même on compte 5 saveurs ou gomi (amer, sucré, salé, épicé, acide). Il faut des années d’expérience pour pouvoir reconnaître parfaitement les subtilités.

👁️ La philosophie du Kodo

Chemin spirituel à travers l'encens

Chemin spirituel à travers l'encens. Source : tourismdesigners.rezgo.com

Le Kodo n’est pas simplement un jeu qui consiste à deviner les arômes et développer son odorat. La célébration des parfums est une réelle expérience spirituelle empreinte de poésie, qui éveille les sens, détend le corps et l’esprit.

👌 Les 10 vertus

Selon les croyances, la pratique Kodo apporte des bénéfices comme une meilleure concentration, un sentiment d’harmonie, de sérénité ou encore de plénitude. Voici les 10 vertus que l’on prête à la cérémonie des parfums.

  1. Stimule les sens
  2. Purifie le corps et l’esprit
  3. Nettoie les polluants du mental
  4. Attise l’esprit
  5. Lutte contre la solitude
  6. Apaise le stress
  7. Est agréable même en abondance
  8. Agit même en petite quantité
  9. Se conserve bien
  10. S’utilise souvent

La Kodo demeure un art traditionnel rare et privilégié puisque les bois précieux coûtent très cher. De même, il faut beaucoup d’expérience pour maîtriser cet art. Toutefois, cela n’empêche pas l’encens japonais d’être apprécié dans le monde entier pour sa finesse remarquable.


Laisser un commentaire

Les commentaires sont approuvés avant leur publication.


Vous aimerez lire aussi :

minimalisme japonais
Minimalisme japonais et philosophie de vie

novembre 30, 2021 6 min de lecture

Voir l'article entier
idée cadeau japonais
Cadeau japonais : Quoi offrir à un fan du Japon ?

novembre 22, 2021 8 min de lecture

Voir l'article entier
geste japonais
Langage corporel et gestes Japonais

novembre 09, 2021 5 min de lecture

Voir l'article entier