Minimalisme japonais et philosophie de vie

novembre 30, 2021 6 min de lecture

minimalisme japonais

Et si vivre avec moins rendait plus heureux ? Encore une fois, le lifestyle nippon est source d’inspiration dans le monde.

Le minimalisme japonais est l’art de s’abstenir du superflu pour laisser l’essentiel s’exprimer. Un courant qui touche aux domaines de l’art, de la décoration d’intérieur, du rangement ainsi qu’à la philosophie. Simplification à l’extrême, sobriété, modestie: le minimalisme s’inscrit dans de nombreux aspects de la culture nippone et les Japonais semblent l’avoir totalement intégré dans leur mode de vie.

Leur maître ? Fumio Sasaki, un adepte du « less is more » très populaire au Japon qui préconise le Danshari, un concept matériel et spirituel.

Alors, comment adopter cette philosophie particulièrement libératrice ? Focus sur le minimalisme japonais.

Le minimalisme japonais, pour un retour à l'essentiel

A force de s’encombrer de choses inutiles, on finit par passer à côté de l’essentiel. Les Japonais l’ont bien compris. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter une maison traditionnelle au Pays du Soleil Levant… Vous ne verrez point de fioriture ou de désordre. Aujourd’hui, cette tendance a toujours le vent en poupe et séduit de plus en plus les Occidentaux, victimes de la société de consommation. Reflet de la culture japonaise, le minimalisme a été popularisé par Fumio Sasaki, un ex-bordélique qui a transformé sa vie en cultivant cet art.

Le traditionnel intérieur minimaliste japonais

maison traditionnelle japonaise

Des lignes épurées, des cloisons laissant passer la lumière du jour, des tons neutres et des matériaux bruts… les maisons japonaises traditionnelles ne manquent pas de charme. Le naturel, la simplicité et l’essentiel sont au cœur de leur architecture.

Le naturel omniprésent

Au Japon, les habitations traditionnelles se distinguent par leur sobriété et leur élégance naturelle. Les matières brutes telles que le bois, la pierre, le papier, le bambou ou encore la paille de riz sont les principaux éléments utilisés dans l’architecture et la décoration d’intérieur. A noter que la nature est omniprésente dans la culture nippone. Ainsi, les habitants de l’archipel disposent souvent de jardins zen ou de cours intérieures. De même, le sol est généralement recouvert de tatami (paille tressée) sauf dans l’entrée (genkan), les toilettes et la cuisine.

Une architecture simplifiée

A l’intérieur, on remarque tout de suite l’absence de murs ainsi que la simplicité de l’aménagement. A la place des murs, on trouve des portes coulissantes qui permettent de créer des espaces modulables selon les besoins du moment. Les Shoji sont des cloisons en bois recouvertes avec du papier washi pour laisser passer la lumière alors que les Fusuma sont des panneaux opaques.

Le minimum nécessaire

chambre japonaise

On peut constater que la décoration des maisons traditionnelles japonaises est très épurée. Ainsi, les meubles se comptent sur les doigts de la main et sont plutôt situés au sol. Rien n’est là par hasard. Chaque objet se doit d’être fonctionnel dans une pièce.

Ainsi, la chambre à coucher ne présente que le nécessaire pour dormir. C’est-à-dire un lit ou un simple futon posé à même le sol qui sera rangé dans une armoire la journée. La salle de bain contient seulement une baignoire en bois nommée « Ofuro » ainsi qu’un coin vestiaire avec un lavabo. Dans le salon, le mobilier se résume à un Kotasu, une table basse qui fait office de radiateur et aux Zabuton, coussins rectangulaires qui entourent la table pour manger ou vaquer à ses occupations. L’élément le plus important de la décoration est sans aucun doute le Tokonoma, un espace surélevé dédié à l’art où l’on expose un tableau, une calligraphie ou encore des compositions florales (Ikebana).

Fumio Sasaki, le leader des minimalistes 2.0

Fumio Sasaki

Fumio Sasaki. Source : https://twothirds.com/blogs/journal/fumio-sasaki-longing-for-less

Connaissez-vous cet auteur nippon, star du minimalisme japonais ? Son best-seller « L’essentiel et rien d’autre » s’est vendu à plus de 250,000 exemplaires au Japon. Malgré sa popularité, Fumio Sasaki reste une personne modeste. Pour preuve, il vit avec à peine 800 euros par mois dans un petit appartement et ne possède pas plus de quatre pantalons et trois t-shirts dans sa garde-robe ! Dans un monde où l’emprise des médias encourage toujours plus la consommation, l’auteur préfère se détacher des choses matérielles pour se consacrer entièrement aux relations humaines, aux voyages et à la nature.

Ce jeune quadragénaire minimaliste vit dans un lieu dépouillé de bibelots et autres futilités pour n’avoir que l’essentiel chez lui : un bureau, un lit, une table, quelques livres, un ordinateur portable et le nécessaire de toilette. Fumio Sasaki pourrait battre le record du déménagement le plus rapide au monde. Pourtant, l’homme souriant et serein d’aujourd’hui n’a pas toujours été comme cela. Dans sa jeunesse, il était particulièrement fêtard. Par ailleurs, ce collectionneur avait la manie d’accumuler les objets. Un jour, il en eut marre de voir autant de désordre autour de lui et prit conscience qu’il était trop attaché aux choses. C’est ainsi qu’il se tourna vers le minimalisme et adopta un style de vie totalement différent. En se dépossédant de ses affaires, Fumio Sasaki trouva plus de clarté sur ses valeurs profondes et sa personnalité. Ainsi révélé, il se sent plus heureux.

Le Danshari, l'art du rangement minimaliste japonais

A la fois pratique et spirituel, le Danshari est un art de vivre qui remet en question le lien avec les objets et le monde matériel, dans une société d’hyperconsommation. En se débarrassant  de l’inutile, le mental se retrouve à son tour libéré des charges négatives de l’environnement. Plus qu’un enjeu d’ordre matériel, le concept vise à atteindre la plénitude en se désencombrant de ce qui ne sert à rien, tant d’un point de vue matériel qu’émotionnel.

Origine et étymologie du Danshari

danshariDanshari 断捨離 est composé de 3 kanjis qui signifient respectivement « Refuser », « Jeter » et se « séparer ». Issu du bouddhisme zen et du  Wabi-Sabi, un concept esthétique honorant la simplicité et l’imperfection, le Danshari est au cœur du courant minimalisme japonais. Cette philosophie qui prône l’abandon du matérialisme pour trouver la paix intérieure, repose sur trois piliers « Refuser de s’encombrer »,  « Jeter les choses inutiles », et « se détacher du matériel ». Par ailleurs, le Danshari a inspiré la méthode de rangement inventée par Hideko Yamashita, première consultante dans ce domaine.

Méthode Danshari : quelques règles à respecter

Après Marie Kondo et sa célèbre méthode Konmari, le rangement n’a jamais été aussi populaire au Japon. En 2016, Hideko Yamashita nous dévoile à son tour les secrets d’une maison bien rangée, avec une approche spirituelle.

A travers son livre « DanShaRi, L'art du rangement », l’auteur nous révèle comment se débarrasser du superflu et gagner en bonheur en respectant simplement 3 règles : 

  1. Refuser de ramener des objets chez soi
    Il en va de soi, éviter d’apporter des babioles et autres trucs inutiles dans sa maison est la base du rangement.
  2. Remettre en question son attachement aux choses matérielles
    Pour ne pas accumuler les affaires, il peut être nécessaire de s’interroger sur notre rapport aux objets et retrouver une certaine distance avec le matériel.
  3. Se détacher de l’envie de consommer
    En évitant de céder à l’achat compulsif, même si les médias nous incitent à consommer toujours plus, on retrouve sa liberté. 

Vous l’aurez compris, ces trois impératifs vont vous aider à garder une maison désencombrée et agréable à vivre tout en vous guidant vers une vie plus sereine.

Le Ma, la philosophie du minimalisme japonais

Le Ma 間 est un concept très présent dans la culture japonaise et notamment dans l’art. Signifiant « intervalle », « distance », Ma n’est ni plus ni moins que le vide qui créer l’harmonie. Vous savez… ce petit décalage qui met en valeur une composition. L’ikebana, la calligraphie, les jardins zen et l’architecture utilisent pleinement cette notion esthétique. De même, le Ma est tellement ancré dans l’archipel qu’on le retrouve jusque dans les relations sociales : c’est la juste distance que l’on peut avoir avec l’autre.

En fait, il ne s’agit pas vraiment de vide, mais plutôt de l’espace qui relie deux objets ou deux sons. Plus qu’une notion spatiale, le Ma est également un concept temporel qui s’apparente au rythme. Tout musicien le sait : un silence, ou une rupture est une excellente façon de créer du rythme. Les artistes et intellectuels se sont emparés de ce concept minimaliste nippon, qui semble avoir traversé les frontières. De ce fait, on retrouve le Ma en Occident, dans de nombreux domaines tels que la musique, la danse, l’art du cinéma ou de la photographie et l’architecturesakura

Pour conclure cet article, le sentiment d’abondance ne rend pas plus heureux contrairement à ce que l’on peut penser. Stress, charge mentale, contrainte, voilà à quoi l’on s’expose lorsque l’on vit dans l’excès. A contre-courant du consumérisme, le minimalisme japonais tend à trouver le bonheur dans la dépossession. Tout porte à croire que la véritable richesse ne vient pas de ce que l’on a mais de ce qui nous révèle.


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